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Le billet d’Emmanuel Perrault

Autour d’Art Basel 44

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Bâle est une ville pleine de ressource, lorsque vous aurez fini de visiter la Foire à la Messe Platz, vous aurez l’embarrât du choix : les vidéos de Steve McQueen à la Schaulager, le très poétique et énigmatique artiste lituanien avec ses bandes magnétiques Zilvinas Kempinas au Museum Tinguely, Max Ernst ou Mauricio Cattela à la Fondation Beyeler (je reviendrai dessus dans le blog) ou encore Picasso au Kunstmuseum Basel… Et vous pourrez aussi choisir de sortir un peu de la ville afin d’aller visiter en Allemagne, mais pas trop loin, du design et de l’architecture avec le Vitra Museum à Weil am Rhein.

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Cette année, la curatrice du Parcours "hors les murs" était Florence Derieux directrice de la FRAC Champagne-Ardenne avec au programme Marina Abramovic, Michael Graig-Martin, Danh Vo… Dix-huit artistes, installations ou sculptures, exposés dans la ville. Lors de vos déplacements, vous tomberez surement dans un vernissage de l’une des multiples galeries qui profitent de la venue de collectionneurs du Monde entier.

Les soirées à Bâle sont aussi longues et fatigantes que les journées à trainer nos guêtres dans les allées de la Foire. On peut commencer par l’incontournable Kunsthalle, véritable beergarden transformée en boite de nuit en plein air. Cela vous aura permis de voir une fontaine de l’artiste Suisse Jean Tinguely et deux plaques d’aciers en équilibres de Richard Serra.

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Tout à côté, pour la première année le Prêt à Diner (en français dans le texte) s’associe au Silencio, le club privé de David Lynch à Paris, pour monter un restaurant éphémère dans une église désacralisée. Elisabethan kirche, l’église à l’architecture très néo-gothique, première église protestante à Bâle après la réforme, offrait un décor incroyable pour la cuisine du chef doublement étoilée de Berlin, Tim Raue. Des néons de l’artiste anglaise Olivia Steele achevaient d’éclairer les DJ’s dont la table de mixage trônait dans l’ancienne chair ! Trust the Process ou encore God is a curator (photos).

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Depuis trois ans, le Prêt à Diner organise des restaurants provisoires, souvent que quelques jours d’ouverture, dans des lieux improbables, anciennes usines à Berlin ou Londres, toit d’un gratte-ciel à Frankfort, un ancien cinéma à Munich… Enfin presque partout en Europe sauf en France !?

Le LaM à Villeneuve-d’Ascq

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Me voici de retour sur le blog après une parenthèse de plus d’un mois. Riche programme dans les prochaines semaines, retour sur ArtBasel, la Fondation Beyeler, une visite à Venise pour la Biennale, Nice et son musée d’art contemporain, de l’Arte Povera, un vernissage au CCC de Tours…

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Pour commencer, un petit tour dans le Nord de la France avec le LaM de Villeneuve d’Ascq et sa collection d’Art Brut. Avec 4500 œuvres et trois collections ce musée est l’un des rares en Europe à présenter un panorama aussi complet des composantes de l’art des XXème et XXIème siècle. Une extension construite en 2010 a permis de redessiner entièrement le musée (photo).

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Commençons par l’art moderne avec la collection de Roger Dutilleul, industriel du Nord, donnée en 1979 par ses héritiers à la ville de Lille. Exceptionnelle collection représentative de la première moitié du XXème siècle. Le cubisme y tient une place importante avec un ensemble d’œuvres d’artistes de l’Ecole de Paris. Très beau mécanicien de Fernand Lèger, des Amedeo Modigliani, du Pablo Picasso, Georges Braques, Joan Miro, André Masson

L’art contemporain est entré dans ce musée il y a plus de 25 ans. On y trouve aussi bien de l’Abstraction Lyrique, de la Figuration Narrative ou encore Art&Language, une grande carte de France d’Annette Messager réalisée avec des peluches, une structure de Daniel Buren (photo) ou encore une petite pièce dédiée à l’artiste yougoslave Dado, assez rare dans un musée pour être remarquée !

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Pour finir, la section d’art brute qui vaut à elle seule la visite du LaM. En 1995, la donation de la collection privée L’Aracine composée de 4500 œuvres fait du musée le lieu de présentation de la plus importante collection d’art brut en France. Le concept d’art brut a été inventé en 1945 par Jean Dubuffet, il regroupe des productions réalisées par des néophytes dans l’art, un art spontané, sans prétention culturelle, sans démarche intellectuelle souvent faites par des pensionnaires d’asiles psychiatriques, des autodidactes, des médiums…

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Tous les grands classiques y sont présents, les incroyables dessins d’Henry Darger, d’Adolf Wölfli, des timbres de Josome Hodinos (collectionnés par André Breton), Augustin Lesage avec une série d’une dizaine de toiles, les extraordinaires « dessins animés » façon pop de Willem van Genk, les totems en bois sculptés de Théo Wiesen (photo)… Mais aussi des surprises avec de jeunes artistes comme David Braillon, né en 1975. L’artiste, issu d’une famille de cheminots, dessine de façon obsessionnelle, sur du papier à petits carreaux, des convois de trains dans le moindre détail. Le mystérieux couple AMC qui réalise des maquettes de villes imaginaires peuplées de personnages et d’animaux fantastiques...

Keith Haring au MAMVP

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Finalement Keith Haring (1958-1990) aurait été un gendre idéal. Il était généreux avec les enfants malades, était contre le Sida qui va le tuer, l’apartheid, le crack, le racisme. Il dénonçait les dangers du nucléaire, la destruction de l’environnement. On l’imagine poli avec les personnes âgées et généreux avec les pauvres … Voilà la thèse défendue dans cette très belle et très importante rétrospective présentée au Musée d'Art moderne de la ville de Paris, jusqu'au 18 août. Ce message nous est martelé à longueur de cartels et d’explications.

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Mais comme on peut le lire dans la petite brochure distribuée à l’entrée de l’exposition : "Keith Haring n’a jamais considéré l’art comme un outil de propagande." Et l’artiste ajoute dans un écrit de 1989 : "Je peins des tableaux qui découlent de mes recherches. Je laisse à d’autres le soin de les déchiffrer, de comprendre leurs symboles et leurs implications. Je ne suis que l’intermédiaire." Et il ne donne pas, ou très rarement, de titres à ses oeuvres afin de ne pas influencer l'interprétation du spectateur.

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A le voir accroché sur les murs blancs d’une institution aussi prestigieuse, on en oublierai presque la force et l’énergie de cet artiste. Sa technique élémentaire est compréhensible par tous : cerner des figures simples d’un trait noir, d’une ligne ininterrompue, dessiner des formes et des symboles revenants systématiquement. Durant sa courte carrière, il sera extrêmement actif, dessine en permanence sur tout ce qui lui tombe sous la main.

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Malgré son entrée dans les plus grandes galeries en Europe et en Etats-Unis ou sa participation à la prestigieuse Documenta 7 (Allemagne, land de Hesse) en 1982, Keith Haring veut que son travail reste accessible au plus grand nombre. Entre 1980 et 1985, il réalise plus de 5000 dessins à la craie sur les panneaux noirs destinés à recevoir des affiches publicitaires du métro de New-York. Un art visible de tous gratuitement qui sort des galeries et descend dans la rue. Il ouvre, en 1986, un Pop Shop sur Lafayette Street qui propose des produits dérivés à l’effigie de son travail à des prix abordables. J'ai eu la chance de le visiter, mais a depuis fermé à cause de l'augmentation des prix des loyers à New-York.

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A Pile of Crows for Jean-Michel Basquiat, 1988, Collection Keith Haring Foundation

Keith Haring ne vient pas de nulle part, c’est un maillon important dans la chaine du street art et du Bad painting américain. Il découvre très tôt le travail et les écrits de Jean Dubuffet ainsi que l’œuvre de Pierre Alechinsky qui vont l’influencer. Il collabore avec des artistes de street art, tisse des liens avec les artistes de la Figuration Libre en France et a exposé avec les plus grands comme Andy Warhol avec lequel il peint des toiles, Jean-Michel Basquiat qui était l'un de ses amis, Roy Lichtenstein ou Robert Rauschenberg.

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Il faut aller voir cette exposition car il y a du sexe, des partouzes, de la violence ! Le marchand du temple et le séducteur ne sont jamais très loin et l’on prend plaisir à se faire manipuler par les couleurs vives, les formes primitives et le message simpliste de cet artiste.

Le Centquatre prolonge la rétrospective du musée d'Art moderne de la Ville de Paris en présentant des œuvres grand format, notamment l'une de ses plus importantes, Les Dix Commandements, créée en 1985, composée de dix panneaux de sept mètres de haut.

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Poètes et peintres chez Artcube

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Elles nous apprenaient
le vice
A l'ombre 
des  stations-services...

Pierre Bourgeade, illustré par Peter Klasen

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Pour son nouvel accrochage, la galerie Artcube collabore avec les Editions Maeght pour présenter des œuvres liant la littérature et la poésie à des créations originales d’artistes. Qui mieux peut traduire cette mixité des arts graphiques et littéraires ? Maeght Editeur a toujours eu vocation à encourager ces rencontres au travers du livre. Elle collabore étroitement dans tous ses projets avec des artistes prestigieux, ce depuis l’ouverture de leur première galerie.

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Betsie Pequignot, illustré par Olivier Gagnère

Grâce à sa maison d’Edition et son imprimerie Arte, la famille Maeght dispose de la symbiose parfaite entre la création, la production et la diffusion de l’art. Pour cette exposition Artcube a sélectionné parmi les plus beaux ouvrages de la collection DuoCelle-ci, créée en 1998, est dirigée par Isabelle Maeght et Patrick Depin. Elle fait rencontrer un poète et un artiste afin qu’ils travaillent ensemble sur un livre objet. Ces ouvrages de poésie, illustrés de lithographies ou de gravures sont édités en un nombre limité d’exemplaires. Chacun d’entre eux est numéroté et signé par le poète et le peintre. On peut citer les artistes: Valerio Adami, Peter Klasen, Gilles Aillaud, Guy de Rougemond, Jacques Monory, Henri Cueco

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 Ils seront accompagnés de créations originales de l’artiste, peintures, sculptures, céramiques ou lithographies… En parallèle, la galerie vous proposera une collection de 32 « Placards », lithographies originales sur lesquelles poètes-écrivains (André Frénaud, Jacques Prévert…) et artistes (Raoul Ubac, Alexander Calder…) ont travaillé conjointement.

Le Louvre à Lens

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Au nord c'était les corons
La terre c'était le charbon
Le ciel c'était l'horizon
Les hommes des mineurs de fond

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Au lendemain de la défaite des Sang et Or au stade Félix Bollaert une petite entorse à la ligne éditoriale d’un blog sur l’art contemporain pour ne parler que d’art ancien avec la visite du Louvre-Lens. En plein bassin minier, entre des courons, les terrils les plus hauts d’Europe de la fosse 11-19 (photo), l’ouverture de ce musée, en décembre 2012, apparait comme une aubaine pour cette ville qui n’a aucun attrait touristique.

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Des villes comme Bilbao, avec l’ouverture d’une annexe de la Fondation Guggenheim construite par Frank Gehry en 1997, ou encore plus récemment Metz, avec Pompidou-Metz et la première décentralisation d’un établissement public culturel national, ont très largement profité des retombées économiques apportées par les nombreux visiteurs. En espérant que la ville de Lens prenne bien la mesure de cette opportunité. Ce qui ne semble pas encore le cas : manque de signalisation, office du tourisme introuvable, centre-ville peu engageant…

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Outre les terrils, les cités ouvrières et les puits de mines, la gare est aussi à voir. Construite en 1932 par Urbain Cassan, sa silhouette évoque une locomotive à vapeur. Sa tour horloge représente la cheminée et ses entrées arrondies sont les roues. A l’intérieur, les fresques en mosaïque d’inspiration cubiste, signées Auguste Labouret, représentent des scènes de la vie industrielle.

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Revenons au Louvre-Lens. Construit sur le carreau de la fosse Théodore Barrois, fosse n°9. Le musée  a été inauguré le 4 décembre 2012, jour de la Sainte-Barbe, sainte patronne des mineurs La Grande galerie offre, pour une durée de cinq ans, un parcours inédit dans l’histoire de l’art. Ses murs sont habillés à l’intérieur comme à l’extérieur d’aluminium anodisé et son éclairage zénithal lui procure une atmosphère trés particulière. Sur 120 mètres de longueur et 3000m², les 205 œuvres couvrent une période de la naissance de l’écriture vers 3500 avant J-C, jusqu’au milieu du 19ème siècle. Toutes les civilisations et techniques sont représentées.

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Le choix des œuvres est à la hauteur des collections du Louvre, Botticelli, Raphaël, Ingres, Goya, Rembrandt, Poussin, Fragonard (photo)... Et bien sur La Liberté guidant le peuple (photo) de Delacroix, emblème révolutionnaire et romantique. C’est un bon choix pour conclure cette galerie du temps, dans une région marquée par de très nombreux combats sociaux. La force de cet accrochage est de nous permettre de survoler presque 5000 ans d’histoire de l’art dans une seule grande pièce. C’est ludique, récréatif, divertissant. On y voit l’évolution des styles, des techniques ou de la société à travers les sculptures et les tableaux. Une seule critique, c’est trop rapide, on survole rapidement les différentes périodes et l’on ne peut pas les approfondir.

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Les collections du Louvre s’arrêtent au milieu du 19ème siècle, mais on peut croiser à Lens quelques pièces contemporaines comme celles d’On Kawara, de décembre 1994 (photo), dans l’exposition temporaire sur le temps à l’œuvre et un géant de carnaval du nord de la France, de 1997, de Raymond Hains en hommage posthume à sa galeriste Iris Clert.